Points de vue

 

 

Ma « certaine idée de la France ».

J’ai ma propre « certaine idée de la France », elle est très différente, sans être pour autant incompatible, de celle du général de Gaulle malgré l’admiration que j’ai pour lui. Mes héros ne sont pas les guerriers, surtout pas Napoléon 1er (1769-1821). Les exploits des militaires  qui ont trop souvent entraîné beaucoup de mes aïeux dans des combats sanglants, parfois absurdes, ne m’ont jamais fait vibrer. Mes héros sont ceux qui ont laissé une empreinte heureuse sur notre territoire et notre cadre de vie : les bâtisseurs des églises et des cathédrales, les moines cisterciens qui ont aménagé les paysages pour développer l’agriculture, l’industrie même, pour nourrir le peuple, Colbert (1619-1683) qui a œuvré pour la prospérité du pays et dont l’action se remarque encore dans des forêts, Napoléon III (1808-1873) qui a développé, entre autres, un véritable urbanisme paysager qui permet toujours aux habitants des villes de disposer de jardins, parcs, squares, avenues plantées où il fait bon se détendre ou s’ébattre, et qui a mené un vaste programme économique et d’aménagement du territoire : drainage et plantation des forêts des Landes, création d’un vaste réseau de chemins de fer sur l’ensemble du territoire, lancement de stations touristiques…

D’ailleurs, mes héros sont aussi les héroïnes qui ont exercé une délicieuse influence en matière d’art : la marquise de Pompadour (1721-1764) à qui on doit largement le style Louis XV à la fois épuré et charmant dont s’inspirent toujours les créateurs les plus en pointe, c’était aussi une artiste qui a exécuté de superbes eaux-fortes qui nous sont parvenues ; Marie-Antoinette (1755-1793) pour avoir concrétisé les utopies « à la Rousseau » dans le hameau du Trianon de Versailles ; Olympe de Gouges (1748-1793) qui face à des conventionnels maladivement mysogines se battit pour le droit des femmes, l’abolition de l’esclavage et contre la dérive sanguinaire de la Terreur ; Joséphine de Beauharnais (1763-1814) qui a créé à la Malmaison le plus vaste jardin paysager d’Europe à son époque avec l’aide du grand botaniste Aimé Bonpland ( 1773-1858) ; l’impératrice Eugénie (1826-1920) qui recevait de manière charmante à Compiègne ou Fontainebleau tout ce que la France comptait comme savants, artistes, écrivains…, à part évidemment le sacripant médisant, hélas génial, qu’était Victor Hugo. J’aime mon pays quand il assure pour la plupart le bien-être, la paix, le beau, et si possible une certaine douceur de vivre.

La République.

Les gens de gauche considèrent qu’ils sont les défenseurs légitimes de la République. Mais de quelle République parle-t-on ? Celle des révolutionnaires qui saccagèrent les monuments et qui guillotinèrent une multitude d’innocents, celle qui a massacré les Vendéens, celle qui a mené des guerres au nom de la liberté ayant débouché sur la soumission des peuples soi-disant libérés? Personnellement j’ai choisi ma République : c’est celle de la fraternité et de la réconciliation nationale célébrée le 14 juillet 1790. Elle fut organisée par l’Assemblée nationale législative au Champ de Mars à Paris dans le but d’affirmer la cohésion du pays. A cette Fête de la Fédération se côtoyèrent nobles, ouvriers, paysans, religieux, bourgeois et elle fut présidée par le roi Louis XVI (1754-1793) en personne. Une messe fut dite à cette occasion, et elle fut suivie d’un Te Deum chanté par toute la foule. Pour moi cette cérémonie a été la vraie fondatrice de la République! Mais cet acte d’unité n’eut pas de suite ; au contraire se déclencha peu après la flambée d’intolérance iconoclaste, sanguinaire, antireligieuse de la Terreur. La guerre civile ravagea notre pays  et fractura notre société durablement. Cette fracture perdure même dans l’au-delà ! Grosso modo, nos macchabées particulièrement illustres sont enterrés différemment selon qu’ils sont de gauche (Panthéon), généraux (Invalides), de famille royale (Saint-Denis ou Dreux) ; les prélats reposent, eux, dans leurs cathédrales – Je force le trait, je l’avoue.

Il me semble qu’il serait grand temps de prendre des initiatives visant à effacer le terrible traumatisme engendré par la Terreur en organisant des solennités de réconciliation nationale associant, lors des cérémonies du 14 juillet en particulier, outre les autorités républicaines, des représentants du monde du travail, des clergés, des descendants des monarchies et de l’empire à qui l’on doit beaucoup. La République est faite de toutes ses composantes, elle doit assurer un vivre ensemble apaisé.

L’égalité en matière de droit du travail

Dans notre République fondée sur le principe d’égalité on serait en droit de penser que tous les salariés du secteur privé comme ceux du secteur public relèvent du même code du travail.  Pas du tout les partis politiques dans notre pays se satisfont de la séparation quasi absolue entre le droit commun du travail et celui des fonctionnaires aux règles différentes selon qu’il s’agit de l’Etat, des Collectivités territoriales, de la Fonction publique hospitalière. Complication supplémentaire les fonctionnaires sont répartis entre différents « corps » ayant chacun des statuts propres, étanches de l’un à l’autre. En plus il existe à côté d’eux de nombreuses catégories d’agents contractuels qui exercent des missions importantes de service public comme les médecins des hôpitaux. Pour les fonctionnaires de l’Etat la situation est particulièrement radicale car ils ne cotisent pas à une caisse de retraite autonome : leurs pensions sont assurées par le budget de la nation comme c’était le cas dans l’ancien régime. Ainsi quand l’Etat recrute un fonctionnaire, il le prend en charge jusqu’à sa mort et même celle de sa (ou ses) veuve(s).

Ce fractionnement des législations du travail en plus d’être contraire au principe d’égalité devant la loi est source d’injustices et de difficultés en matière de mobilité sociale. Par exemple, si l’Etat veut recruter un spécialiste confirmé dans un domaine, l’expérience et l’ancienneté acquise dans une autre structure (entreprise, association, organisme assurant un service public comme il en existe beaucoup) ne pourront pas être prises en compte. Cette séparation absurde privé/public influe aussi sur les comportements. Beaucoup de fonctionnaires se complaisent dans une statuation qui, estiment-ils, les place au dessus des administrés et certains en profitent pour assurer un pouvoir de domination.

Modernisation de l’Administration

La puissante politique d’aménagement du territoire de l’ère gaullienne impliquait de libérer l’énergie de ceux qui en avaient la charge. A cette fin, Olivier Guichard (1920-2004), premier Délégué à l’Aménagement du Territoire et à l’Action Régionale ( DATAR), conscient des blocages dus au statut des fonctionnaires, avait réellement tenté de dynamiser les services publics par la mise en place d’une Administration de mission. Elle reposait notamment sur la mise en place d’équipes légères pluridisciplinaires, formées de nombreux agents contractuels, comme les OREAM ( Organisations Régionales d’Etudes et d’Aménagement d’aires Métropolitaines) créées pour promouvoir la constitution de « pôles de croissance » à fin de rééquilibrer le territoire.

Ces services devaient servir de laboratoire pour une modernisation de l’Administration en s’inspirant des méthodes des entreprises. Dans les OREAM les salaires des personnels, les contrats d’études, les dépenses de fonctionnement étaient imputés sur un seul et même chapitre – si je me souviens bien, le 55-21 – au lieu de figurer sur des lignes budgétaires correspondant à des logiques différentes et de se libérer ainsi des règles qui interdisent d’utiliser les crédits à un autre usage que celui défini par la nomenclature. C’est le directeur qui avait la maîtrise de la répartition des crédits selon son programme de travail et de leur engagement en fait sans le contrôle a priori d’un fonctionnaire des finances par le recours à la formule des « engagements préalables », il me faut bien entrer parfois dans des détails de procédure. Les contrats passés avec les bureaux d’études étaient de droit privé ce qui était compatible avec le vrai droit public et non la caricature qui en est faite par beaucoup de fonctionnaires qui se disent sérieux. La circulaire de la Direction de l’Aménagement Foncier et de l’Urbanisme (DAFU) du Ministère de l’Equipement et l’Aménagement du Territoire n° 69-200 du 12 juin 1969 ( à l’origine AF/UR n°1800), avait assuré la cohérence du dispositif. Le système était souple, efficace, le responsable clairement identifié, et il n’y a pas eu de dérives. Evidemment comme toujours il n’y a pas eu d’exploitation des résultats de cette expérience qui avait pourtant donné satisfaction en particulier sur le plan financier, mais au nom d’une certaine idée de l’orthodoxie administrative – en fait le respect d’un amas de principes de gestion publique d’un autre âge sédimentarisés et faussilisés au fil des siècles. Alain Juppé (1945) a mis fin à  « l’Administration de mission » avec le soutien de fonctionnaires réactionnaires de droite comme de gauche.

En tout cas l’absence de retour sur expériences dans la plus grande partie de l’Administration française – il n’en est heureusement pas ainsi dans l’armée, la police … – me choque profondément. Et je trouve carrément scandaleux que le Parlement ne contrôle pas systématiquement l’application des lois et détecter les difficultés concrètes rencontrées pour les mettre en œuvre, y remédier, vérifier que les décrets d’application ont bien été pris, dans des délais corrects, et ne trahissent pas le but poursuivi par le législateur. Voire pour revenir sur telle ou telle disposition inappropriée. Il y suffisamment de hauts fonctionnaires, d’administrateurs, d’assistants parlementaires, parfois mal employés, pour que cela puisse se mettre en place sans délais ni coûts supplémentaires.

La laïcité

Au fil du temps la laïcité s’est imposée comme un des fondements de notre République. Elle devrait être une culture du respect à l’égard de la spiritualité des uns et des autres, comme l’incroyance, tout en assurant une séparation claire entre l’Etat et la religion. Dans d’autres pays où la liberté de l’esprit est une tradition bien plus ancienne que dans le notre et où la démocratie est pour le moins aussi fortement ancrée qu’en France, la religion est respectée et enseignée dans les écoles sans que pour autant il y ait atteinte à la liberté de l’esprit. Un sujet britannique peut chanter sans états d’âme le « God save the Queen » alors qu’il ne croit pas en Dieu et qu’il considère que la reine n’a plus de raison d’être. En France la laïcité s’est révélée le meilleur moyen pour vivre ensemble la liberté. C’est un principe trop important, bénéficiant à présent d’un large consensus entre croyants ou non, pour laisser aux gens qui en font un vecteur militant de l’athéisme et à la « gauche » d’en faire leur chasse gardée.

La Démocratie.

Le terme de République correspond à un processus de désignation non héréditaire de ceux qui sont chargés de la gouvernance de la chose publique. Il n’est pas synonyme de démocratie: une royauté peut être très démocratique et une république tyrannique. La démocratie est le gouvernement de la majorité. Pour cette raison, comme l’a démontré le professeur de droit public René Capitant (1901-1670), résistant, grand gaulliste et authentique homme de gauche, le scrutin majoritaire est le seul vraiment démocratique.  De plus il permet aux régimes de liberté d’exister durablement en étant efficaces. Pour le même motif ce grand juriste était partisan du référendum.

La plupart des gens de gauche en France ont  au contraire une conception curieuse de la démocratie. Pour eux elle consiste à permettre à des minorités de participer à l’exercice du pouvoir. Ils sont de ce fait des défenseurs impénitents des élections à la proportionnelle malgré l’impuissance catastrophique que ce système ne manque pas de provoquer pour la gouvernance d’un Etat. Ainsi sous la IVème République le pouvoir partagé entre de multiples partis politiques a fait perdurer une dictature d’un genre particulier : celle de l’impuissance pour gérer en particulier la décolonisation. Elle aurait pu se transformer en un régime totalitaire provoqué par la crise algérienne si Charles de Gaulle (1890-1970) n’était pas revenu in extremis, soutenu par l’énorme majorité des électeurs, c’est-à-dire démocratiquement, aux affaires.

Certes, les minorités doivent pouvoir exprimer leurs opinions, mais le gouvernement des minorités ne peut qu’aboutir à l’anarchie. Il faut faire attention aux minorités remuantes, actives, parfois virulentes qui s’expriment dans les média et s’efforcent d’imposer leur loi à la majorité. Elles constituent un danger pour la démocratie !

 L’Enseignement

Figurez-vous qu’à l’âge de 75 ans j’ai été sollicité pour être accompagnateur d’une classe verte, « transplantée » comme on dit à présent, ce qui me rappela le temps où j’étais moniteur de colonie de vacances quand j’en avais 18. Je considère comme un grand honneur que les maîtresses m’aient fait confiance pour assurer cette tâche et que les enfants m’aient adopté avec une charmante gentillesse. De l’intérieur, j’ai pu me rendre compte de ce qu’apportent à nos moutards les institutrices de la nouvelle génération. La valeur morale essentielle qu’elles leur inculquent est le respect de l’autre. Je ne les ai vues vraiment se mettre en colère que lorsque l’un d’entre eux ne respectait pas un camarade en colportant des ragots, par exemple. En retour, elles exigeaient que les enfants les respectent ; ils le faisaient d’ailleurs naturellement même s’il fallait de temps en temps les rappeler à l’ordre comme cela va de soi à leur âge. Ce respect je ne l’avais pas connu quand j’étais gosse. A cette époque les maîtres et maîtresses, comme souvent les parents, ne voyaient pas de mal à humilier un gamin ou à lui envoyer une paire de « torgnoles », – d’ailleurs on n’en était pas trop ulcéré.

Nous avons des enseignants souvent remarquables parfois héroïques dans certains quartiers. Le problème est que les professeurs des écoles, des lycées, des collèges se plaignent que l’adminitration de l’Education Nationale soit encombrée d’inspecteurs d’académie, d’inspecteurs généraux, de chercheurs à vie qui font la loi pour la définition des programmes, des méthodes pédagogiques, pour leur notation et en matière de mutation. Ils accusent ces fonctionnaires d’avoir été au préalable en majorité de piètres enseignants incapables de tenir une classe. Si j’ai bien compris dans l’Education Nationale française le pouvoir appartient aux plus mauvais pédagogues. C’est me semble-t-il une des raisons de l’échec catastrophique de notre système scolaire. Si un gouvernement décidait de diminuer les effectifs de l’Education Nationale ce serait dans ce « mamouth » bureaucratique pléhorique que des postes devraient en priorité être supprimés.

Il y a une violence inacceptable dans les écoles, collèges et les lycées de la part de certains élèves mais il faudrait aussi parler de la violence des programmes scolaires. J’avoue ne pas saisir l’intérêt des complications absurdes, bourrées de sigles dont on finit par oublier la signification, inventées en matière de grammaire par exemple, et le sens de certains passages de manuels m’a complètement échappé. Je ne vois pas pourquoi alors que notre langue est phonétique on veuille leur faire ingurgiter en plus la transcription phonétique internationale. Et puis des parents même diplômés ont du mal saisir le sens de certains énoncés ! Alors, hein, les enfants d’immigrés parfois illettrés des banlieues déshéritées, comment voulez-vous qu’ils s’en sortent ?! Dans ces conditions il ne faut pas s’étonner qu’on n’ait pas pu mettre en place une pédagogie non élitiste, adaptée au développement physiologique et psychologique des jeunes et à leur situation sociale.

Elitisme

L’existence d’un élitisme républicain est admise et justifiée dans « la tradition de la gauche » même si « les élites ne doivent pas dominer le peuple mais lui être lié» pour reprendre un propos de Lionel Jospin( 1937). Cette tradition repose sur l’idée selon laquelle l’élite d’un pays est constituée des « bons élèves » finissant par sortir de « grandes écoles » comme Polytechnique, Normale Supérieure, ENA… Cette conception de l’élite est fort peu républicaine car, en réalité, la plupart des produits de ces établissements, présentés avec emphase comme de « grands serviteurs de l’Etat », se servent souvent au contraire de l’Etat pour organiser leur carrière et assouvir leur appétit de pouvoir. Ces « bons élèves » utilisent leurs capacités d’assimilation, de mémoire et leur vivacité dans la répartie pour accaparer la conversation, pour « clouer le bec » aux protagonistes gênants, parfois pour écarter une idée innovante mais maladroitement formulée, bref pour s’imposer. Ce sont les privilégiés de notre temps !

Faire partie de l’élite ne se décrète pas sur un critère de réussite vers l’âge de vingt ans à des concours qui ne font en somme que créer des privilégiés, mais doit se prouver tout au long de la vie. L’élite d’un pays ne se réduit pas aux cadres supérieurs, elle se situe à toutes les strates de la société, elle ne se limite pas à la sphère du pouvoir. En faire partie ou non se révèle à travers les actes, la part prise dans la bonne marche d’une entreprise ou d’un service public, le développement d’innovations, le service rendu aux autres, le courage…. Dans la vie j’ai rencontré des ouvriers, des gendarmes, des artisans, des infirmières, des aides-soignantes, des femmes de ménage… qui exercent leur métier avec une compétence, une intelligence, une générosité  remarquables: ils font partie de l’élite véritable. Pour qu’une société fonctionne, soit performante, il faut qu’elle comporte capacité professionnelle, générosité, créativité à tous les niveaux. C’est seulement par un tel maillage de compétences performantes que se définit une grande nation, que notre pays tient debout.

Entre parenthèse, il ne faut pas croire que l’intelligence est seulement liée à l’habileté pour manier les concepts. Les gestes sont souvent bien plus porteurs de réflexion et de discernement que les discours filandreux des « toqués » d’abstractions. Il me semble que les électeurs de gauche font davantage confiance à ceux qui pérorent, font étalage de leur culture et de leurs convictions qu’ils prétendent humanistes, qu’à ceux qui permettent concrètement à la société d’exister en faisant preuve au jour le jour de courage et de bon sens. Il existe un entre-soi des élites ; celles-ci deviennent de plus en plus insupportables aux citoyens qui d’ailleurs se rebellent parfois contre elles lors des élections en particulier. Dans les salons, pour montrer que vous faites bien partie de l’intelligentsia, qui ne peut-être que « de gauche » cela va de soi, il vous suffit de citer un philosophe au nom si possible exotique, de faire référence à un grand ancêtre comme Léon Blum (1872-1950), de parler de l’héritage des Lumières, et, bien sûr, d’avoir en réserve un ou deux sujets d’indignation, voire de révolte. Si de plus vous savez manier le paradoxe et l’ironie, vous êtes considéré comme un intellectuel brillant.

Le « mariage pour tous »

Le « mariage pour tous » imposé par un gouvernement socialiste est l’exemple particulièrement éloquent des dérives aux quelles conduit l’anticléricalisme féroce de certains. A mon sens cette législation est un acte contraire à la démocratie, à la laïcité, à l’écologie, et à l’esprit républicain ; en plus, semble-t-il, elle a constitué un acte anticonstitutionnel.

Je n’ai pas protesté contre la législation sur les PACS car je comprends très bien que mes amis qui vivent avec des partenaires de même sexe ont besoin de disposer d’un instrument juridique pour régler les problèmes concrets liés à leur manière d’être. Mais la loi du « mariage pour tous » qui remet en cause le fondement essentiel de la filiation, a été adoptée après un forcing dans les médias par une minorité de minorité. En effet beaucoup d’homosexuels ne souhaitaient pas une remise en cause du mariage traditionnel ou plus exactement naturel. Le fait qu’une minorité ait fini par imposer une disposition que la majorité des citoyens ne réclamait pas est un acte contraire à la démocratie car il faut encore le rappeler, la démocratie est le gouvernement de la majorité et non des minorités, n’en déplaise aux gauchistes.

En faisant fi de l’opinion des religions chrétienne, musulmane, judaïque, en n’accordant, de manière insultante à leurs représentants que quelques instants dans un simulacre de concertation, en opposant une surdité méprisante aux objections de ceux, innombrables, qui fréquentent églises, synagogues, mosquées et qui ont manifesté en masse leur opposition, nos gouvernants ont commis un acte contraire à la laïcité car celle-ci implique le respect des croyants. En plus il a ravivé stupidement les plaies pas encore cicatrisées des luttes antireligieuses violentes du siècle dernier. Pourtant notre société désorientée par toutes sortes de bouleversements (mondialisation, nouvelles technologies) aurait eu bien besoin au contraire d’apaisement.

C’est à pouffer de rire de constater que les soi-disant écologistes ont été les plus ardents prosélytes de cette loi. Ils se seraient étranglés de fureur si  une réglementation perturbant les lois d’accouplement d’espèces animales dans la nature avait été édictée sans études d’impact. En l’espèce, conformément au principe de précaution,  il aurait été nécessaire de mesurer les conséquences des mariages homosexuels sur les enfants de manière très approfondie. Quel sera leur avenir ? Seront-ils épanouis, équilibrés ? Leur sexualité ne sera-t-elle pas perturbée ? A ma connaissance les effets collatéraux de ce « mariage pour tous » n’ont pas été envisagés non plus, à moins qu’ils n’aient été dissimulés. En particulier, à une époque où les préoccupations d’ordre économique sont particulièrement prégnantes, il est extravagant que les conséquences financières de ce projet n’aient pas été chiffrées. Quels seront ses effets sur l’équilibre du régime des retraites, sur celui de la sécurité sociale, par exemple ? Des profiteurs ne vont-ils pas utiliser ce « droit » pour bénéficier d’avantages fiscaux et sociaux ? Par ailleurs des détenus ne vont-ils pas demander le mariage en espérant en tirer des aménagements de leurs conditions de détention ? On est en plein brouillard.

En l’absence d’études d’impact sérieuses préalables, cette législation me paraît anticonstitutionnelle – malgré l’avis du Conseil Constitutionnel dont la composition très politique pose question -. En tout cas elle risque fort d’être un lourd boulet pour les générations futures : contentieux inextricables, incidences financières sur les régimes maladie et retraite, turpitudes diverses dans les milieux carcéraux. Contrairement à ce que pensent certains qui s’estiment réalistes, on peut parier que d’une manière ou d’une autre il sera nécessaire revenir sur cette loi.

Au demeurant, les « Verts » plutôt que de donner satisfaction à une minorité de minorité agissante feraient mieux de se préoccuper en Île de France des besoins des hommes et des femmes ordinaires, en particulier du confort de ceux, innombrables, qui fréquentent quotidiennement certaines stations de métro et du RER dont les murs et les plafonds des quais et des couloirs sont d’une saleté honteuse. Je vous conduirai, si vous ne me croyez pas, je vous conduirai contempler les stalactites d’immondices qui dégoulinent des plafonds de la station Havre-Caumartin à Paris et y renifler les odeurs d’égout. Ils sont inexcusables car ils ont participé aux instances de pouvoir de la Ville de Paris depuis de nombreuses années et aussi, précédemment, de celles de la Région pendant longtemps. Pourtant il n’aurait pas été compliqué d’y remédier : il aurait suffi, et suffirait, de nettoyer les murs et le sol ce qui permettrait d’ailleurs de créer de nombreux emplois qui n’ont pas besoin d’une longue formation professionnelle ! Il serait quand même plus écologique et plus républicain de se préoccuper en priorité du bien-être des travailleurs franciliens plutôt que de « l’habitat » des babouins à l’autre bout de la planète ou des loups tueurs de moutons.

Le monde est-il devenu imbécile ?

 Imbécile ! Mon professeur de français nous avait raconté, à tort ou à raison, que les Romains utilisaient des faisceaux de baguettes (bacillum au singulier) qu’ils faisaient frotter sur les roues de leurs chars pour en limiter la vitesse, les faire virer ; quand ils n’en avaient pas ils ne pouvaient pas en maîtriser l’allure. Au sens premier, le terme imbécile désigne donc selon cette explication les gens parfois très intelligents et talentueux mais qui, ne pouvant maîtriser l’effervescence de leurs aspirations et en l’absence des garde-fous du bon sens, ne se connaissent pas de limites. Ainsi :

imbéciles, sont les traders qui prennent de plus en plus de risques pour gagner davantage et encore davantage en utilisant les folles capacités des ordinateurs quitte à faire couler leur banque;

imbéciles, les dirigeants des fonds de pension qui pressurent les entreprises achetées par eux pour leur faire « juter » le maximum d’argent possible afin d’assurer des retraites dorées à leurs petits vieux ;

imbéciles, les chefs d’entreprise qui augmentent de manière insupportable la pression sur leur personnel pour accroître à l’extrême les rendements ;

imbéciles, les DRH qui manipulent tout le monde pour faire accepter l’inacceptable ;

imbéciles, les services commerciaux qui se déchaînent sur les consommateurs pour leur faire acheter le tout dernier modèle d’un objet doté de perfectionnements inutiles ;

imbéciles aussi, les gens qui s’endettent au delà du raisonnable, tout comme les banques qui les ont séduits par des offres alléchantes de prêts accordés sans réelles vérifications de leurs capacités de remboursement ;

imbéciles également les entreprises qui fournissent aux agriculteurs des produits qui polluent l’eau, l’air, les produits alimentaires et les rendent malades. Qui leur coûtent cher au surplus ;

imbéciles, les aménageurs qui détruisent des terres agricoles et des paysages qui sont pourtant des supports essentiels au développement économique;

imbéciles les producteurs et les dirigeants des chaînes de télévision qui programment sans état d’âme des films et les séries télévisées dans lesquels la brutalité est devenue sans limites, sous prétexte qu’ils attirent un public très nombreux. Quand il m’arrive de « zapper », je passe d’un gars qui sort son revolver, à un autre qui assène des coups de poings, puis à un type en train d’étrangler une pauvre femme au milieu de cris épouvantables. Je pense qu’il serait grand temps de rétablir la censure pour lutter contre la violence. Suis-je devenu réactionnaire? Oui sur ce point, et je suis prêt à affronter tous les sarcasmes à ce sujet ;

imbéciles les tenants d’un ultra libéralisme non régulé et ceux qui n’ont pas hésité par accepter pour l’Europe une orientation dans ce sens contraire à ses principes fondamentaux. Leur attitude a fini par être ressentie comme une trahison par les électeurs. Au lieu de se sentir défendus par l’Europe, ils se sont retrouvés tout nus face aux effets de la mondialisation. Le malaise qui en résulte peut conduire aux pires aventures politiques, d’autant que les citoyens ont l’impression que tout leur échappe : ainsi dans un déni de démocratie ils n’ont pas été consultés quand il s’est agi de lier leur sort à celui de nouveaux partenaires qu’ils ne connaissaient même pas ;

imbéciles les acheteurs qui pressurent les producteurs pour faire baisser les prix sans se soucier de leur situation économique, en ne leur payant pas le « juste prix » ;

imbéciles ceux qui n’entendent pas le cris d’alarme des gens qui craignent d’être colonisés.

Ces imbécilités constituent une composante du monde présent, elles peuvent engendrer des réactions explosives échappant largement à tout contrôle. Mais à qui s’en prendre à présent ? Il n’y a plus d’aristocrates que le bon peuple pourrait mener à l’échafaud, ni de patrons abominables clairement identifiés à qui les masses laborieuses avaient coutume de s’en prendre. Le monde est dangereux, il l’a d’ailleurs toujours été, mais les auteurs des imbécilités sont insaisissables car les responsabilités sont diluées, délocalisées à l’extrême. Alors que va-t-il arriver ? Est-ce que ça va éclater, quand, comment, contre qui ou quoi ?

Les gens performants, les financiers flamboyants se glorifient de leur réussite, des magazines mettent en scène leurs exploits en matière de management. Ces « élites » économiques qui font fi des croyances, des besoins de repères de la société, ne sont rien par rapport à leurs devanciers vénitiens et florentins qui, animés par la foi, avaient conscience que la cité et sa campagne devaient être aménagées de manière magnifique, ils ont créé une richesse économique inouïe et la beauté . A présent les excités de la performance, de la modernité, de la mondialisation nous imposent une société sans dessein ni éthique ni esthétique.

Le Rassemblement du Peuple Français (RPF).

L’idée généralement admise est que le Rassemblement du Peuple Français (RPF) créé en 1947 par le général de Gaulle et de l’avis même de celui-ci a été un échec. Je ne suis pas du tout d’accord avec cette idée. La masse de ses militants a permis en effet de contrecarrer la pression communiste dans les entreprises comme dans les services publics. Mais aussi dans la rue où pendant des années seul le journal communiste « L’Humanité » avait été présent. J’ai été de ceux qui ont vendu à la criée « Le Rassemblement », l’hebdomadaire gaulliste, à Meudon. Cet acte très simple qui demandait un peu de courage ou de l’inconscience dans certains quartiers, a contribué à éviter la mainmise du parti communiste sur le pays.

Dans les entreprises, les administrations se sont constituées des sections du mouvement gaulliste dont les militants, qui s’appelaient entre eux « compagnons »,  manifestaient leur présence physique par la distribution de l’hebdomadaire «  Le Rassemblement  Ouvrier», et des bulletins propres de certaines sections comme « L’Etincelle », ou  « Vaincre » pour les PTT. Chaque année la « classe ouvrière » anti-communiste se retrouvait le 1er mai sur la prairie de Bagatelle dans le Bois de Boulogne à Paris. C’était une fête populaire avec des stands. Je me souviens que celui des PTT tenu en particulier par mon père s’appelait « La Ficelle Magique ». Il y avait aussi des artistes, des spectacles et le général prononçait un discours plus spécifiquement consacré au monde du travail. Il s’agissait évidemment de faire contrepoids à la fête de « L’Humanité ».

Les réunions de section, les congrès, les assises du mouvement ont été l’occasion pour les militants de préparer des réformes à venir dans une atmosphère que l’on pourrait véritablement qualifier de participative. Des rapports étaient rédigés à la suite des remue-ménages d’idées qui avaient lieu dans le cadre de ces différentes rencontres et dont faisaient état les publications du mouvement. Le plus célèbre est celui de René Capitant sur « L’association capital-travail ». Ces travaux, ces rapports ont permis aux premiers gouvernements de la Vème République de bénéficier du soutien d’un noyau dur de partisans appartenant à toutes les couches de la société, acquis aux idées qu’ils avaient déjà méditées. Par exemple la politique culturelle, iconoclaste pour l’époque, d’André Malraux avait été préparée par de nombreux échanges entre militants ayant débouché sur une série d’articles en matière d’art moderne rédigés sous l’impulsion de Jacques Soustelle ou d’Albert Olivier le rédacteur en chef de l’hebdomadaire «Le Rassemblement »

Quand on milite, quel que soit le parti politique,  on apprend que l’art de manier les abstractions n’est pas le seul marqueur de l’intelligence. La plupart des gens ont une réflexion concrète, intuitive qui se manifeste par des phrases, par des raccourcis lapidaires certes, mais finalement porteurs de lucidité et de bon sens. On apprend que les choix politiques du grand nombre sont déterminés par une sorte intelligence instinctive dont il ne faut pas sous-estimer la profondeur, elle est issue d’un cheminement complexe, inconscient de l’esprit.