Grand Paysage

On parle à présent de tous côtés de lutte contre le réchauffement climatique mais pas du tout de la qualité de notre cadre de vie qui suppose la suppression des saccages de terres agricoles, des efforts pour qu’il n’y ait plus d’entrées de villes hideuses, ni de bourgs sans commerces, sans artisans, sans services publics, pour que notre patrimoine paysager, expression et fondement de notre culture, cesse d’être dilapidé absurdement. Non seulement il est par sa richesse et sa beauté une composante essentielle de la qualité de notre existence mais il constitue de plus un atout puissant pour le développement de l’activité touristique qui est créatrice de nombreux emplois non délocalisables. Il n’y a pas de projet politique exprimé en matière de grand paysage rural comme urbain. C’est regrettable car la politique non maîtrisée de la transition climatique risque d’être mise à profit par de nouveaux lobbies qui détruiront nos terres agricoles par l’implantation de panneaux solaires, remplaceront les cultures vivrières par la production de plantes pour les biocarburant, détruiront nos paysages par l’implantation intempestive d’éoliennes. Il ne faut pas sous-estimer les effets pervers que peuvent entrainer les politiques de lutte contre le réchauffement climatiques et contre les pollutions par ailleurs parfaitement fondées. 8/4/2019

Il existe deux catégories principales d’interventions en matière de paysage :

  1. Les opérations (parcs et jardins, réhabilitation ou mise en valeur d’espaces urbains ou naturels) portant sur un terrain bien délimité, effectuées pour le compte d’un commanditaire public ou privé clairement identifié ;
  2. Les interventions visant à valoriser un territoire global. Dans ce cas, les propositions portent sur des terrains appartenant à de nombreux propriétaires, qui sont dans des situations juridiques et économiques variées ; les partenaires sont multiples et ils ont des intérêts souvent divergents à l’égard du site. On parle alors de grand paysage.

POINTS DE VUE

Il me semble que notre économie pourrait être « boostée » par la mise en place d’un programme d’opérations visant à armer notre territoire pour le rendre apte à résister aux inondations, aux érosions, au changement climatique. Ce programme de grand paysage destiné à reconstituer des bocages, à restaurer les ouvrages de petite hydraulique qui ont été à la base du développement rural en Europe, à remettre en état et à créer des terrasses de culture… Il aurait un effet économique concret immédiat en permettant de créer rapidement un nombre considérable d’emplois qui ne nécessiteraient pas une longue formation. La préoccupation de beauté devrait être permanente dans sa mise en œuvre comme au temps de la Renaissance. Il est temps, grand temps, et réaliste, de réintroduire dans le domaine de l’aménagement du territoire des valeurs humanistes impliquant le respect d’autrui comme celui de la nature, et de remettre en avant les préoccupations plastiques dans la construction de notre monde. Une telle politique s’inscrirait dans un dessein esthétique et éthique de notre avenir dans le sillage de la « loi paysage » qui a créé des « directives paysagères » qui n’ont pratiquement jamais été mises en œuvre. Elle aurait en plus un fort impact économique en soutenant l’activité touristique qui génère de son côté de très nombreux emplois. Sur le plan agricole, elle contribuerait à la création dans divers terroirs de niches de production ayant une forte valeur ajoutée en valorisant leur image commerciale.

Pour faciliter une prise de conscience des enjeux esthétiques, architecturaux, paysagers pour la société, il faudrait dans le cadre des enseignements d’art plastique déjà existants initier les élèves à ressentir la qualité des espaces, des volumes, des couleurs à travers des édifices, des jardins, des sites sans les rebuter par une érudition inutile. J’insiste sur le fait que cette initiation peut se faire sans un alourdissement des programmes.

Jean CABANEL

Méthodes

Les méthodes de « grand paysage » qui vont être exposées visent à valoriser un territoire global; elles concernent concrètement les élus, les agents des services des collectivités territoriales, comme ceux de l’Etat, les professionnels de l’aménagement  quand ils interviennent sur le territoire, les associations de défense du cadre de vie, qui sont appelés à participer à des jurys de concours ou à donner des avis dans ce domaine. Ce texte a pour but de faciliter leur tâche à ce titre en attirant, sous forme de pense-bêtes car leur temps est compté, les différents points qui doivent être pris en considération.

L’approche sensible

L’approche paysagère intègre les aspects culturels, esthétiques, dans une démarche opérationnelle d’aménagement du territoire respectueuse de l’environnement. Les instances publiques comme les grandes gueules de l’écologie qui estiment que seuls les enjeux de la planète comme l’énergie, les émissions de co2, le réchauffement de la banquise méritent attention. Ils sont obnubilés par les chiffres, les courbes, les pourcentages qui rassurent ou terrifient, ils mettent délibérément de côté les dimensions sensibles de l’homme. On en était au même point dans les années 60 quand dans le domaine de l’urbanisme et de la construction, il n’était question que du nombre de logements construits, de la longueur de voies de desserte réalisées, de surfaces bâties. La certitude du bien-fondé des théories fonctionnalistes au mépris des aspirations sensibles des gens a eu pour conséquence de contribuer au mal-être général et à l’existence de nombreuses zones d’insécurité dans les banlieues. Dans les campagnes le modèle d’exploitation intensive, les remembrements, l’augmentation démesurée de la taille des parcelles, la suppression des haies, des chemins, des mares et la destruction de biotopes qui s’y rattachaient ont eu des conséquences désastreuses sur notre capital paysager qui est pourtant le support essentiel de l’activité touristique essentielle à notre économie. Les paysages, en effet, par leur valeur culturelle inestimable et leur exceptionnelle variété, leur beauté, n’ayons pas peur de ce mot, sont le support d’une activité économique de plus en plus importante, créatrice d’un nombre considérable d’emplois non délocalisables, en particulier dans des zones déshéritées. Ne pas intégrer les dimensions sensibles dans l’établissement des cahier des charges et dans l’appréciation des projets dans les aménagements constitue une attitude irréaliste.

Cahier des charges des contrats, directives, plans, chartes…de paysage

1 Diagnostic paysager

Expression de la méthode utilisée

Existant

Enquête sur l’appréciation du paysage par les diverses populations qui y habitent ou le fréquentent

  • Histoire
  • Iconographie
  • Nature du sol
  • Régime hydrologique
  • Régime des vents
  • Occupation du sol
  • Trame agricole
  • Espaces intersticiels

Structures paysagères ; description de leur état, de leur fonctionnement et de leurs caractères identitaires :

  • Bocage (végétal)
  • Bocage lithique
  • Prairies sèches
  • Zones humides
  • Plantations d’alignement…
  • Parcellaire
  • Habitats
  • Chemins
  • Eléments morphologiques…
  • « Points noirs » paysagers
  • Dégradations dues à des panneaux publicitaires ou enseignes
  • Décharges sauvages…
  • Espaces et vues remarquables

 

Perceptions du front de ville

Prescriptions contenues dans les documents d’urbanisme

Fonctionnalités actuelles des lieux : atouts, contraintes, difficultés…

Synthèse exprimant ce qui constitue l’image identifiant le paysage du territoire en terme de lisibilité notamment

Facteurs d’évolution

  • Potentialités du territoire
  • Logiques d’évolution et de fonctionnement
  • Projets d’infrastructures
  • Projets touristiques
  • Tendances d’évolution : boisements spontanés et volontaires
  • Risques naturels
  • Recensement des projets d’aménagement des collectivités territoriales
  • Etat
  • Entreprises
  • Particuliers

1.2. Socio-économique

  • Repérage des acteurs,
  • Relations ville/campagne,
  • Expression des objectifs et des projets des divers acteurs sur le territoire,

 

1.3. Simulation visuelle de l’impact paysager de ces projets et des tendances et facteurs d’évolution constatés.

 

  1. Propositions

 

2.1. Etablissement d’un programme d’opération de :

  • Mise en valeur
  • Reconquête
  • Création
  • Animation

2.2. Etablissement d’un cahier de recommandations ou d’un plan de gestion


  1. Concertation

Actions de concertation entre les collectivités territoriales, administrations et organismes de conseil (DDE, DDAF, DRAC, DIREN, SDAP, CETE, CAUE…) organismes professionnels (chambres d’agriculture, chambres de commerce et d’industrie…), entreprises, agriculteurs, associations, experts, particuliers.

 

  1. Définition et discussion des propositions de stratégie sur le territoire
  • Rédaction et signature par les partenaires d’un contrat, plan ou charte pour le paysage ou de l’environnement comportant en particulier les divers engagements, notamment financiers.

 

  1. Mise en œuvre

5.1. Désignation d’un chef de projet chargé de la mise en œuvre des engagements, du montage des dossiers, du suivi des travaux, de l’animation, de la recherche des partenaires et des financements, de l’organisation des réunions des partenaires

5.2. Comité de pilotage

5.3. Organisation de visites de terrain des divers partenaires pour vérifier l’état d’avancement de la mise en œuvre du contrat.

 

Texte établi par un groupe de travail du ministère chargé de l’Environnement, comportant en particulier des représentants des DIREN