Mitterrand

 

 

Un beau jour François Mitterrand s’est déplacé à Saint Germain-en-Laye pour décider du tracé définitif de l’autoroute qui depuis a été aménagée au pied de la terrasse dessinée par Le Nôtre. J’étais chef de la Mission du Paysage et j’habitais à proximité du château. Il y avait deux bonnes raisons pour que je participe à la réunion sur place mais ma hiérarchie a omis de m’y convier. Si j’en avais été voici ce que j’aurais dit:

« Monsieur le Président la plaine agricole de Montesson est un bien culturel exceptionnel car elle est constitutive du projet de la terrasse Le Nôtre dont la vue s’étend sur elle et Paris . Si vous me permettez d’être impertinent, je dirais qu’elle a une valeur beaucoup plus grande que le béton que vous allez faire couler pour construire un opéra à la Bastille. Ce que devrait faire ici la collectivité publique c’est acquérir les terres agricoles de la plaine de Montesson et y reconstituer un bocage. Les parcelles ainsi créées seraient louées à des maraîchers. De cette manière serait sauvegardé dans le long terme un patrimoine exceptionnel. Ce  geste répondrait, lui, vraiment aux aspirations de notre époque en matière de qualité de la vie. Les vides dans l’urbanisation, comme celui constitué par cette plaine, sont des biens particulièrement précieux ».

Epilogue : la plaine de Montesson est grignottée chaque année par de nouvelles constructions. A terme elle n’existera plus. Dans l’indifférence générale ! Je pense pourtant que les paysages façonnés par des générations d’hommes et de femmes représentent notre premier patrimoine culturel commun. Ce sont eux qui donnent du sens aux œuvres architecturales conçues d’ailleurs en symbiose avec les sites où elles sont implantées. Les grands paysages comme celui que l’on découvre depuis la terrasse de Saint-Germain-en-Laye ont aussi une grande valeur économique car ils constituent le support essentiel du développent du tourisme, créateur d’innombrables emplois non délocalisables.